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6 avril 2021

Dr Karim Kolsi

Rencontre à l'oncopole de Toulouse avec le Dr Kolsi pour parler prévention & protection solaire. En 4 mots : prévenir plutôt que guérir !

Raconte nous… 

Ton histoire en quelques mots :

Je suis médecin, spécialiste en Chirurgie plastique réparatrice et esthétique à l’Oncopole de Toulouse.

J’ai été formé en Tunisie, je connais très bien le soleil et comment s’en protéger. Mes deux parents sont médecins, j’ai découvert tout petit ce qu’était la chirurgie plastique et je ne voulais faire que ça.

J’ai fait médecine pour faire ça et j’ai côtoyé les chirurgiens les plus renommés de ma spécialité un peu partout dans le monde pour découvrir d’autres cultures et techniques (Belgique, Liban & Brésil).

Je fus lauréat du Concours d’équivalence Française et ça fait 4 ans que j’exerce en France, à l'Oncopole de Toulouse. 

Ton métier ?

En tant que chirurgien plasticien, J’opère de la main et tout ce qui se touche par la main ! 

Notre spécialité s'intéresse aux tissus mous d’où “Plastique” et à la superficie de notre corps, par excellence la chirurgie de l’organe peau, l’organe le plus large, le plus lourd &  le plus exposé du corps humain. Cet organe vital de notre organisme est constamment agressé par les rayons ultraviolets, les traumatismes, les bactéries et les virus... La peau est un organe en perpétuel renouvellement, toujours en train de se reconstruire.

La structure de la peau est en brique, comme un mur Toulousain. Il y a la couche basale profonde, d’où les cellules partent en se multipliant vers la superficie formant les couches superficielles de la peau et finir en desquamant dans l'environnement.

Nous nommons un cancer cutané basocellulaire quand il prend naissance de cette couche basale. L’avantage, c’est que la tumeur garde en mémoire de s'étendre toujours vers l’extérieur ce qui est moins agressif. Heureusement que ces tumeurs sont les plus fréquentes. Je dirai même qu’elle sont inévitables à partir d’un certain âge.

Le mélanome est une autre tumeur cutanée prenant naissance des cellules mélanique de la peau. Ces cellules sont par contre mobiles dans le mur de brique pour donner un teint uniforme avec leur sécrétion de mélanine. Nous craignons les mélanomes, dû à leurs mobilités. La tumeur peut être retrouvée autour de la lésion initiale ainsi qu’elle peut se déplacer via les réseaux lymphatiques ou sanguins un peu partout dans le corps.

La genèse de ces deux tumeurs est prouvée favorisée par le soleil.

Ma mission quotidienne est de retirer chirurgicalement ces tumeurs au plus brefs délais une fois diagnostiqués. Heureusement, s’ils sont pris en charge à temps, il n’y a moins de risque de métastase à distance. D’où l’importance du dépistage et de la prévention. 

A l’Oncopole, j’interviens également sur d'autres domaines qui me passionnent autant ! La première chose qui m’a émerveillé en chirurgie plastique c’est les lambeaux libres. La microchirurgie, nous permet de transférer des tissus d’un endroit à un autre du corps en redonnant la vie par une reconnexion vasculaire sous microscope. Je me suis spécialisé également dans cette technique qui me permet d’apporter une aide précieuse à mes collègues ORL pour la reconstruction de la tête et du cou, et d’instaurer de nouvelle solution pour la reconstruction mammaire après ablation des seins donnant un résultat plus naturel. 

L’exposition solaire dans ta profession ? 

Le soleil agit sur la superficie de notre corps. Etant Chirurgien plasticien, Je différencie 2 choses : les tumeurs de la peau induit par le soleil et l'accélération du vieillissement cutané. 

Les tumeurs de la peau qui apparaissent après avoir atteint son capital soleil : plus on s’expose au soleil, plus on a de risque d’en développer. Il faut distinguer les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes qui sont des tumeurs de l'âge avancé en général. Par contre en mélanome, j’ai opéré des patients à 24, 25, 29 ans. Je me rappelle bien de ces patients, que l’on revoit après quelques années pour un deuxième mélanome. Pourquoi ?

Les mélanomes, c’est la tumeur de l’exposition solaire par excellence mais pas que ça.
Il y a aussi une prédisposition génétique à développer un mélanome, et plus l'hérédité est parlante plus on aura les tumeurs plus tôt dans la vie. Il s’agit d’une concordance entre la génétique et la dose d’exposition solaire cumulée. 

Je m’explique : plus on s'expose au soleil, plus on a un compteur qui marque… Jusqu’à une dose  codée dans nos gènes qui donne la naissance tumorale.

Côté esthétique, une peau caucasienne exposée vieillira plus rapidement qu’une peau protégée du soleil. La maladie ‘vieillesse’ est favorisée par le soleil. Nous le voyons en taches brunes, un relâchement cutané et l'apparition des rides. 

Le soleil est une attaque extérieure agressive directement sur la peau qui essaye de s’en protéger. Par la sécrétion de mélanine se déposant en tache brune. L’acide Hyaluronique donnant la fermeté de la peau est dissocié par action directe du réchauffement solaire. L’épaisseur de la peau s’affine et l'éclat s'éteint rapidement. 

Les yeux sont très sensibles aux rayons de soleil, nous faisons tout pour minimiser l’entrée de rayons dans la fente palpébrale. Ceci passe par une contraction intense des muscles de la région périorbitaire avec apparition précoce des rides de pattes d’oie sur le coin de l'œil, du lion entre les deux sourcils et les rides du front.  Quand on traite ces rides au botox, elles vont être beaucoup plus résistantes pour les personnes vivant au soleil et qui ne se protègent pas avec des lunettes de soleil. 

Après toute chirurgie, que ce soit en reconstruction ou en esthétique, je recommande toujours à mes patients d'éviter autant qu’ils peuvent le soleil. Surtout quand la cicatrice est fraîche et même si elle n’est pas directement exposée. Ceci vise à éviter sa pigmentation. En effet comme on a dit la peau est en perpétuel renouvellement, une cicatrice est un chantier de construction avec une réaction inflammatoire intense. Toute exposition solaire va faire secréter un messager chimique se distribuant à tout le revêtement cutané pour sécréter de la mélanine. C’est ce qu’on appelle bronzage, et même les régions pas exposées bronzent quand même. Toute cicatrice est très vulnérable et peuvent garder cette pigmentation à vie.  

L’exposition solaire, c’est quoi ?

C’est partout, c’est quotidien, même sur un trajet boulot-dodo. Un trajet en voiture de 10km, c’est 10km d’exposition solaire. Même à travers une vitre, les rayons solaires passent. 

Ce n’est pas que l’été, ce n’est pas que le bronzage. 

J’ai des patients qui me disent « je ne bronze jamais sur une plage », oui, mais on est exposé en permanence : ballade, shopping, repas en extérieur, sport... le soleil est toujours là. 

On en a besoin, pour notre corps(Vit D), notre humeur, mais en tempérant notre exposition et notre consommation de soleil, quelques minutes par jour suffisent. 

En tant que médecin, comment accompagnes-tu tes patients ? 

Si je prends l’exemple d’une personne qui vient pour un mélanome, la première rencontre se fait avec le dermatologue et moi-même (car le traitement est chirurgical). Sur le premier interrogatoire, je cherche les éléments favorisant l’exposition solaire, entre autres :

- Profession (travail en extérieur) et même temporaire et il y a longtemps. Par exemple, j’ai eu une jeune qui avait fait maître-nageur sur une plage tous les étés de 15 à 25 ans. 
- Loisirs (randonnée, bateau, golf, ski …)  
- Voyages et vie à l’etranger (les personnes qui ont vécus en afrique ou en outre-mer… de nos jours plus Australie, Floride, Californie et moyen orient)
- Antécédent familial de tumeurs cutanées

En fonction de ces facteurs, je vais pouvoir définir le niveau de risque de développement de toutes maladies de la peau. Je vais commencer à donner des recommandations qui seront renforcées par l’infirmière spécialisée en protection solaire pour que le message soit plus facile à assimiler : application crème solaire, en remettre toutes les 2h, toujours mettre des manches longues pour des activités extérieures, porter un chapeau… une certaine Hygiène de vie plutôt avec des changements à mettre en place pour nous tous.  

On a un protocole avec les infirmières pour qu’elles abordent le sujet avec un lexique différent. En tant que médecin, on peut avoir tendance à utiliser un lexique trop médical et des fois mal perçu par le patient. Ce sera plus fluide avec une infirmière plus à l’écoute et réconfortante, c’est notre politique à l’Oncopole. 

Une anecdote à partager ?

Ce n'est pas une anecdote mais plutôt une note d’espoir. 

Beaucoup de patients nous marquent par leur passage, surtout ceux qu’on perd. Le mélanome est vraiment agressif. Après je déconseille fortement à tous mes patients d’aller voir sur internet. Peu de personnes le savent mais on a fait de gros progrès en termes de traitement de la maladie. Il y a maintenant l’immunothérapie qui a complètement changé le pronostic. 

Je me rappelle une patiente atteinte d’un mélanome qui avait regardé sur internet. Elle est arrivée en pleur à la consultation en me disant : « je vais mourir dans 6 mois… , est-ce que je peux avoir un peu plus de 6 mois ? » 

Avant 2009, un mélanome métastatique, c’était bien létal. Maintenant ça a complètement changé, avec l’immunothérapie on arrive à stabiliser les patients. La gravité du mélanome est moindre mais ça reste cependant une pathologie sérieuse.

Tes conseils prévention & dépistage ?

Si vous êtes peintre dans le bâtiment à l’extérieur avec une prédisposition familiale, c’est radical mais changez de boulot. Si on ne peut pas, il faut mettre les moyens pour se protéger.
Il y a aussi la situation géographique. Si j’ai un mélanome et que mon fils de 20 ans a décidé d’immigrer en Australie, il prend clairement des risques. Il vaut mieux privilégier des pays avec un indice UV plus bas. C’est des solutions radicales mais essentielles pour se protéger.

Après, il y a l’hygiène de vie, comme manger des fruits & légumes ou faire du sport. Il faut prendre en compte la protection solaire au quotidien : en vêtement, en crème, en horaire… Quand on part en balade, on n’est pas obligé de partir de 10h à 14h, on peut favoriser 15h-19h pour éviter les heures d’exposition solaire trop importantes. Et partir plutôt avec des vêtements couvrants, un chapeau, des lunettes… c’est des b.a.-ba de l’exposition solaire. Comme je le dis à mes patientes, on n’est pas des enfants de lune, on a besoin du soleil mais il faut s’en protéger. Il s’agit vraiment d’une hygiène de vie à adopter. C’est valable pour mes patients mais c’est aussi valable pour Mr ou Mme tout le monde. 

Il y a des familles qui savent bien qu’ils ont cette prédisposition, mais il y en a aussi beaucoup qui n’en ont aucune idée. Je demande systématiquement à mes patients d’informer leurs parents, enfants et fratrie de la découverte d’un mélanome. Je ne peux pas leur imposer de le faire mais cette information est vitale pour protéger ses proches.

Pour toutes les familles où il y a eu un mélanome, nous leur demandons un dépistage annuel chez un dermatologue à titre systématique, tous les membres de la famille, ascendants & descendants. C’est un geste de dépistage. Un mélanome sur les 12 ou 24 premiers mois, il n’a aucun symptôme gênant. C’est un grain de beauté peut-être un peu dyschromique & asymétrique mais il ne fait jamais mal. Sa méchanceté c’est son indolence qui retarde son diagnostic, généralement les patients ne consultent que pour le saignement qui est vraiment tardif. 

Normalement on devrait tous aller voir un dermatologue régulièrement, malheureusement il n’y a pas assez de médecins spécialistes pour assurer toutes ces consultations. 

Et toi, ta relation avec le soleil ? 

Je ne suis pas gâté par la nature alors je ne sors jamais sans chapeau ! C’est surement aussi pour ça que j’ai tendance à parler plus facilement du chapeau n’ayant pas de cheveux ! C’est un accessoire que j’aime bien et qui est essentiel pour bien se protéger. Sinon crème solaire 50, même si je n’ai pas toujours mon tube dans la poche et qu’il faut en mettre régulièrement dans la journée.

Par contre, pour mon fils, je lui mets de la crème solaire spirituellement, je le tartine toutes les heures. Surtout, protégez les enfants, ils sont innocents et ne peuvent pas le faire eux-mêmes. C’est à nous de leur donner les bonnes habitudes. 

Une devise ?

Protéger plutôt que soigner !

Un conseil de ‘grand-père’ pour finir ? 

Faire confiance à la science. 

Je le vois surtout en période de Covid, on entend beaucoup ‘je ne veux pas me faire vacciner, je n’ai pas confiance’. On est là pour vous. Le corps médical et la recherche sont là pour l'humain. Personnellement, je me dis qu’on ne peut pas avancer sans la confiance de la population générale en nous, corps médical et nos collègues chercheurs. 

Il faut y croire et il faut aussi y participer, avec vos dons & vos engagements au tissu associatif  autour de nous. On a vu en cette période de crise que l’on avait besoin de remettre l’humain au cœur de nos démarches. 

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