17 mars 2021

Céline

Céline a été diagnostiqué d'un mélanome à 36 ans. Elle nous partage le choc de l'annonce et les conséquences du diagnostique sur son quotidien et ses choix de vie.

Raconte-nous…

Ton histoire en quelque mots :

Je m’appelle Céline, j’ai été diagnostiquée d’un mélanome à 36 ans. Après une reconversion professionnelle, je suis aujourd’hui thérapeute & sexologue sur Bordeaux. Je suis également experte en endométriose.

Ton parcours médical :

J’avais changé de dermato, celui que j’allais voir d’habitude n’était pas disponible. Je pressentais que j’avais besoin d’y aller et je ne voulais pas laisser passer plusieurs mois. Cette visite de contrôle a eu lieu avant l’été 2016. En arrivant, j’ai expliqué au médecin que j’avais un grain de beauté dans le dos que mon dermatologue habituel mesurait et surveillait chaque année. Elle m’a confirmé qu’il n’était pas beau et qu’on allait l’enlever après mes vacances par précaution. Sur le coup, ça me semblait logique, j’étais sereine.

Au retour des vacances, courant Septembre 2016, elle m’a retiré ce grain de beauté et rappelé quelques jours après la biopsie. Quand j’ai vu son appel, j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, parce qu’en général, les médecins ne rappellent pas. Elle m’a demandé de venir le soir même, de faire garder mon enfant et de venir accompagnée par mon mari. 
A ce moment-là, je me doutais que ce n’était vraiment pas bon, j’avais 36 ans, maman d’un petit garçon qui venait d’avoir 3 ans. Au moment de l’appel j’étais au travail, je suis rentrée direct et j’ai appelé mon mari.  Je savais que ce mauvais résultat, c’était soit un carcinome soit un mélanome.

Le soir en arrivant à son cabinet, elle nous a annoncé qu’il s’agissait d’un mélanome, donc le plus agressif. Elle m’a rassuré en me disant qu’il était pris à temps. Il n’avait pas métastasé. J’ai eu une nouvelle opération pour enlever une marge de sécurité (autour du grain de beauté pour bien retirer toutes les cellules cancéreuses) et les analyser. C’était à la fois un coup de massue et à la fois, je me sentais rassurée que ce soit pris à temps. C’était aussi beaucoup d’infos à gérer en même temps.

Je ne comprenais pas pourquoi ça me tombait dessus ! C’était comme si on annonçait à un non-fumeur qu’il avait un cancer des poumons. Je me disais que ce n’était pas juste, j’avais toujours fait super attention, pourquoi ça m’arrivait ? Je n’avais jamais pris de coups de soleil.

Ton plus gros défi :

Si je voulais continuer à profiter de la vie et voyager ; il fallait que je m’adapte. Le soleil, il faut y penser tout le temps, il est partout.

Il faut que j’ai ma crème solaire tout le temps sur moi, tous les jours. Ça génère une grosse charge mentale, mais c’est un choix de le faire. Je connais d’autres personnes atteintes de cancers de la peau qui font le choix de rester chez eux. Pour moi, il n’était pas question d’être comme ça, et puis je ne voulais pas imposer ça à mon mari et mon fils.

Ta relation avec le soleil :

Ado je mettais de la crème indice 50 quand toutes mes copines m’étaient du monoï. J’ai toujours fait très attention. J’ai beaucoup de grains de beauté, la peau claire, j’ai pris tôt l’habitude d’avoir un contrôle dermato tous les ans. 

Tu as des personnes touché(e)s par le cancer de la peau autour de toi ?

Au moment du diagnostic, non. Depuis, ma mère a été diagnostiquée d’un carcinome et ses deux frères également (mes oncles donc). Je pense que ça a incités mes parents à faire plus attention. Dans mon entourage proche, ça a été pris au sérieux. Par contre, mon mari, qui était présent lors du diagnostic n’avait entendu que les mots rassurant du dermato.

Il avait complètement occulté le fait que c’était un cancer et donc l’impact que ça pouvait avoir au niveau psychologique et les changements que ça allait entrainer derrière. Je pense que c’est difficile de gérer ce nouveau quotidien. Depuis il fait attention pour moi et il est  prévenant. 

Des nouvelles habitudes ?

J’ai mon capital soleil à 0, je ne peux plus du tout m’exposer. Cependant le soleil, lui, il est tout le temps là !

Une semaine avant le diagnostic, on venait de prendre des billets pour l’île Maurice pour l’hiver d’après. Du coup j’ai demandé à ma dermato si je devais annuler… Elle m’a dit qu’il ne fallait pas s’interdire de voyager mais en revanche qu’il fallait que j’adapte mes comportements : bien se couvrir avec des vêtements adaptés et que la crème solaire n’était pas suffisante (privilégier l’ombre en permanence, chapeau, lunettes). Avec mon mari on a décidé de garder les billets d’avion pour l’île Maurice. C’est là où j’ai commencé à me mettre en quête de vêtements couvrants : tunique manches longues, pantalon, jupe longue… 

J’avais déjà quelques tuniques et un lycra de plage parce que j’étais déjà assez prudente mais c’était quand même un casse-tête. Je suis coquette et quand tu veux te balader, tu ne vas pas être en lycra de surf et pantalon de rando. 

Tes moteurs dans la vie :

Le diagnostique a été un déclic, ça m’a permis de prendre beaucoup de recul sur mes conditions de travail. J’ai aussi une autre pathologie qui m’affecte beaucoup, c’est l’endométriose. Ça me fatiguait déjà beaucoup et là, l’annonce du cancer a été un gros coup.

J’étais retournée trop vite au boulot après l’opération, alors même que je n’avais pas correctement cicatrisé. Je l’ai payé quelques mois après : burn out où je suis restée 8 mois en arrêt de travail. Pendant ces longs mois, je me suis dit que ce n’était plus possible, qu’il fallait que je change de vie. J’ai entamé une reconversion professionnelle pour être sexologue thérapeute, ce qui me correspond à 100%.

Si je dois retirer quelque chose de positif de cette histoire, c’est de me dire que ça été le déclencheur pour changer, un électrochoc. 

Ta devise :

Profitez de la vie ! Profitez de la vie !

C’est très basic mais c’est vraiment ça, il ne faut pas passer à côté.

J’ai eu la chance d’être prise en charge à temps mais la sensation que j’ai eu c’était d’être au bord de la falaise, les orteils qui dépassaient et qu’on me retenait juste par les bretelles.

J’aurais pu basculer. Il faut profitez de la vie ! 

Un conseil de 'grand-mère' ?

Sortez couvert !

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